QuelleEurope désirons-nous ? Et que désirons-nous être au sein de l'Europe ? Une Europe qui puisse donner une place à tous ? Une Europe qui n'impose plus le poids de décisions qui nous échappent ? En réponse à ce questionnement, Laurent Gaudé offre un poème puissant. Un regard d'ailleurs plutôt qu'une réponse. À travers une orchestration au plateau,
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Jémets donc des réserves sur ce texte et surtout sur les derniers chapitres de « Nous, l’Europe : Banquet des peuples », je souligne la qualité littéraire de ce récit qui n’est pas sans rappeler, un autre auteur fascinant, aimant parler d’histoire : Eric Vuillard. Lire Laurent Gaudé, quoiqu’il en soit, est toujours d’une infinie richesse intellectuelle. Son livre est
Lesruptures de ton dans le récit nous permettent de constater la virtuosité des deux acteurs, l’ampleur de leur registre de jeu. Une collègue a eu l’image de bolides de Formule 1 pour illustrer leur performance. Or, ils font aussi penser à deux stradivarius, tellement la richesse de leur instrument semble sans limites. Une mention aussi à Lise Castonguay, savoureuse dans le rôle
nous, l'europe, banquet des peuples de laurent gaudÉ •disparu de c. orain •la beautÉ du geste de garraud et saccomano •le bruit des loups de saglio •entreprise (perec – de vos – jouet) •mÖbius de la compagnie xy •la puce À l’oreille de feydeau (comÉdie franÇaise) •nous sommes un poÈme –
LEurope, l’ancienne, celle d’un vieux monde bouleversé par la révolution industrielle, et l’Union européenne, belle utopie née sur les cendres de deux grandes guerres, sont l’alpha et l’oméga de ce texte en vers libres relatant un siècle et demi de const . Basculer la navigation. Rechercher. Rechercher. Rechercher. Comparer des produits ; Mon magasin. Allez au contenu.
LIREAUSSI > Sur le sentier des prix (littéraires) : les dernières nouvelles du front. A l’arrivée, le prix du Livre européen 2019 va, d’une part, à un essai de Laurent Gaudé intitulé « Nous l’Europe, banquet des peuples » (Actes Sud), et de l’autre à l’incontournable roman de Jonathan Coe évoquant le Brexit : « Middle
Nous l'Europe. Banquet des peuplesL'Europe, l'ancienne, celle d'un vieux monde bouleversé par la révolution industrielle, et l'Union européenne, belle utopie .
Depuis quelque temps, l’Europe semble avoir oublié qu’elle est la fille de l’épopée et de l’utopie. Elle s’assèche de ne pas parvenir à le rappeler à ses citoyens. T
Nous l’Europe, Banquet des Peuples est une pièce de théâtre musicale née d’une collaboration entre l’écriture de Laurent Gaudé (Prix Goncourt 2004) et la mise en scène de Roland Auzet. Créée à l’occasion du Festival d’Avignon en 2019, elle est aujourd’hui sous le patronage de la Commission Européenne et labellisée PFUE2022.Vaste fresque historique et politique, ce
gaOELn. Depuis plusieurs années, l’Europe est fâchée avec l’opinion qui ne voit en elle qu’une bureaucratie lointaine sans vision, bousculée et tétanisée par les dangers qui pointent à un horizon plus ou moins proche. Pour combattre l’euroscepticisme galopant, Laurent Gaudé, en proposant une histoire de l’Europe, donne des clés pour comprendre ce qu’elle a été, ce qu’elle est, ce qu’elle sera ou pas. Il affirme que l’Europe est la fille de l’épopée et de l’utopie », et développe cette idée-maitresse sous la forme d’un long poème en vers irréguliers, choix judicieux pour stimuler le désir d’Europe, cette jeune fille sans âge qui ne parvient plus à séduire. D’abord, il replace dans la continuité de l’Histoire, notre période actuelle que nous croyons exceptionnelle Les deux siècles qui nous précèdent ne sont que courses, fièvre, assauts et révolutions. … Depuis si longtemps, nous sommes citoyens de l’ennui. ». Il déroule les principales étapes traversées à partir du début du à partir du charbon dès 1830, il faut que ça chauffe » avec le développement progressif du prolétariat ouvrier. Le découpage de l’Afrique en 1885 entre les principales puissances européennes, étape décisive du colonialisme européen sur l’Afrique pour y puiser ses richesses naturelles innombrables et poursuivre la soumission violente de ses peuples. La boucherie de la guerre 14/18 à laquelle ces mêmes puissances européennes épuisées et décimées mettent fin en donnant un nouveau visage à l’Europe, faite de désirs de vengeance et de réparations. Fruits maléfiques qui donneront la deuxième guerre mondiale pendant laquelle l’horreur absolue des camps de la mort où l’homme est vaincu », ne peut plus être vraiment mises en mots.. Puis la Guerre froide » opposant deux blocs détenant l’arme atomique. C’est le temps des frontières infranchissables / et des barrières qui ne se lèvent plus.» Ces frontières s’effondrent, ainsi que les dictatures, rendant possible la réalisation d’une Europe unie, ouvrant le temps de la discussion partagée ». Et aussi à l’impuissance comme dans les Balkans… Cette ode à l’Europe n’a rien d’un satisfecit de fin de banquet. C’est un défi qu’il présente à nos cerveaux blasés et ennuyés. Sommes-nous vraiment conscients combien l’Histoire de l’Europe a été étonnante pendant ces deux siècles, au point d’avoir cru devenir le pivot autour duquel le monde entier allait tourner. Au long de ces vers, Gaudé harangue le lecteur, le tient en haleine par la forme du poème et fait appel aux écrivains et artistes à la fois témoins et prophètes. Pour finir ce qui pourrait s’appeler la Légende des deux derniers siècles, Laurent Gaudé emprunte à Frantz Fanon cette phrase de son livre le plus célèbre, Les Damnés de la Terre Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ». Et nous invite au grand banquet où l’Europe redeviendra l’affaire des peuples ». Nous devrions toutes et tous apprendre par cœur les vingt-quatre derniers vers de ce poème. Et les réciter les uns aux autres quand nous ne savons plus où nous sommes, où nous allons, quand le fatalisme s’installe, quand le pessimisme, vertu suicidaire, l’emporte. Que l’ardeur revienne. » © Laurent Gaudé Nous, l’Europe – banquet des peuples » – Actes Sud – mai 2019 – 192 pages – 17,90 € Laurent Gaudé – photo France 24 Publié par JMPhil Pour partager ma passion pour les livres et tout ce qu'ils peuvent faire naître dans nos imaginaires, et changer incidemment notre vision du monde Voir tous les articles par JMPhil Publié juin 17, 2019octobre 3, 2019 Navigation des articles
L’Histoire L’Europe, l’ancienne, celle d’un vieux monde bouleversé par la révolution industrielle, et l’Union européenne, belle utopie née sur les cendres de deux grandes guerres, sont l’alpha et l’oméga de ce texte en vers libres relatant un siècle et demi de constructions, d’affrontements, d’enthousiasmes, de défaites et d’espoirs. A l’heure où certains doutent, où d’autres n’y croient plus, ce récit européen humaniste rappelle qu’une mémoire commune, même douloureuse, est un ferment d’avenir. C’est donc d’une plume ardente que Laurent Gaudé compose une épopée invitant à la réalisation d’une Europe des différences, de la solidarité et de la liberté. Merci à Yvan de m’avoir incité à découvrir ce livre Nous, l’Europe Banquet des peuples » de Laurent Gaudé. Lisez sa jolie chronique ici 1848, le Printemps des peuples » est la matrice originelle de l’idée européenne. C’est à ce moment précis que Laurent Gaudé débute son récit sur l’aventure européenne dans son bel essai Nous, l’Europe Banquet des peuples . En 100 pages, Laurent Gaudé fait avec maestria le portrait d’une Europe qui est morte plusieurs fois avant de renaître à la vie. Victor Hugo prononce un discours lors du Congrès des amis de la paix universelle »qui s’ouvre le 21 août 1849 à Paris. L’écrivain y prophétise l’effacement des frontières sur la carte et des préjugés dans les cœurs » et appelle de ses vœux à la création des États-Unis d’Europe », garants de la fraternité des hommes ». Cent soixante dix ans plus tard, toute proportion gardée, Laurent Gaudé, intellectuel et auteur brillant, tisse à nouveau la trame d’une Europe de fraternité, d’ouverture et d’humanisme qu’il souhaite voir émerger. Sa plume est pleine de verve de souffle lorsqu’il invoque la colonisation, le pêché originel d’une Europe dont les États voulaient se partager le monde pour leur seul profit. Il évoque aussi les deux conflits mondiaux de 1914-1918 et de 1939-1945 qui saigneront des générations entières de jeunes européens mais pas seulement songeons aux tirailleurs sénégalais.. et puis cette impardonnable compromission avec le mal incarné par les régimes fascistes, le national-socialisme.. Quid du communisme et de Staline dont les crimes sont ici passés sous silence, ce que je regrette profondément. La Shoah bien sûr, événement traumatique face auquel nous restons tous sans mot tant l’horreur est ici indicible. La chape de plomb communiste à l’Est, coupant l’Europe en deux jusqu’à la chute du mur en 1989. L’histoire ne s’arrête pas là puisque quelques années plus tard la guerre sévit à nouveau en Europe, en Ex Yougoslavie cette fois, où les Serbes orthodoxes, les Croates catholiques et les Bosniaques musulmans s’entretuent. Laurent Gaudé a le don de rendre son texte clair et bien construit. C’est à un sursaut qu’il nous incite pour faire vivre cette Europe trop technocratique à son goût, pas assez traversé par le souffle de la jeunesse des peuples d’Europe. Je trouve très intéressant que Laurent Gaudé puisse prendre la plume afin de nous dévoiler son désir d’Europe. Bien sûr, il y a une part d’utopie très importante dans son texte. On peut trouver cela naïf mais l’on sent toute la sincérité de l’auteur. J’ai des divergences de point de vue sur sa vision » de l’histoire européenne. La perception du monde de Laurent Gaudé est très trop bien pensante ». Je ne vais pas vous le cacher, sa perception candide de Mai 68 m’a heurté. Nous n’en sommes plus là fort heureusement. J’aurais souhaité voir Laurent Gaudé prendre davantage de risques quand à ses prises de position. Un peu à l’image de ce que peut faire Michel Onfray par exemple. J’ai trouvé ainsi dommage que sur les questions d’immigrations, sujet polémique et pertinent s’il en est, avec ces clivages entre une Italie refusant les migrants, l’extrême droite étant au pouvoir et une position officielle française pour le moins ambiguë.. j’aurais donc souhaité voir un humaniste tel que Laurent Gaudé prendre position de façon claire, le tout avec un propos ambitieux et salutaire. Hors l’auteur ne nous en dit pas plus sur ses solutions, doit-on accueillir tous ces êtres humains en souffrance ? le peut-on sans risquer la déstabilisation d’équilibres déjà précaires ? enfin, j’aurais aimé qu’il nous parle d’une Europe, qui n’est plus en paix, depuis que l’islamisme radical nous a déclaré la guerre au nom d’une idéologie mortifère. Quel place l’islam doit elle avoir en Europe ? Que faire face à la montée des populismes d’extrême gauche ou d’extrême droite ? Ceux sont des sujets très complexes et je comprends parfaitement que répondre à ces interrogations auraient nécessité un travail différent. J’émets donc des réserves sur ce texte et surtout sur les derniers chapitres de Nous, l’Europe Banquet des peuples », je souligne la qualité littéraire de ce récit qui n’est pas sans rappeler, un autre auteur fascinant, aimant parler d’histoire Eric Vuillard. Lire Laurent Gaudé, quoiqu’il en soit, est toujours d’une infinie richesse intellectuelle. Son livre est bouillonnant et je le redis empli d’un souffle qui manque trop souvent à nos hommes et femmes politiques. A lire en ces temps troublés. Ma note 3,5 /5. Broché 182 pages Éditeur Actes Sud 1 mai 2019 Collection Domaine français L’Histoire A la fin des années 2060, la présidente française de Transparence, une société du numérique implantée en terre sauvage d’Islande, est accusée par la police locale d’avoir orchestré son propre assassinat. Or au même moment, son entreprise s’apprête à commercialiser le programme Endless, un projet révolutionnaire sur l’immortalité, qui consiste à transplanter l’âme humaine dans une enveloppe corporelle artificielle. Alors que la planète est gravement menacée par le réchauffement climatique, cette petite start-up qui est sur le point de prendre le contrôle du secteur numérique pourra-t-elle sauver l’humanité ? Avec son dernier livre Transparence , Marc Dugain signe un roman d’anticipation qui est aussi une satire de notre monde ou tout du moins de ce qu’il sera en 2060. Avec férocité, il s’attache à nous offrir un condensé de ce pourquoi l’humanité est en péril. La cupidité des GAFA Google, Apple, Facebook, Amazon, l’argent véritable veau d’or d’une société qui ne songe plus qu’à dilapider les ressources de la planète pour conserver son mode de vie occidental et son idéal consumériste, la duplicité du monde politique et des différentes religions monothéistes à ce titre le portrait fait de l’Église catholique et du Pape est d’une violence digne des brûlots anti-cléricaux du début du XXème siècle au moment de la loi 1905 de séparation de l’Église et de l’État. Transparence » est un pamphlet, c’est sa force mais aussi sa limite tant le trait semble manquer parfois de nuance. A trop vilipender les responsables de cette situation catastrophique pour l’avenir de la planète, de l’humanité tout entière, Marc Dugain perd en lucidité, en raisonnement, en complexité ce qu’il traduit par un trait de plume acerbe, colérique et provocateur. Le style d’écriture, point fort de ce grand auteur, est ici sans réel souffle. Ce qui au départ nous amuse, devient peu à peu redondant et, disons le, assez vain. C’est dommage car l’histoire de cette petite société du numérique, transhumaniste, basée en Islande et dirigée par une Française qui grâce au programme secret Endless » fait basculer le destin du monde, était une belle idée. Trop court et caricatural pour être marquant, trop long pour susciter autre chose qu’un ennui poli, j’ai pour ma part trouvé ce Transparence » très décevant eu égard aux qualités d’un écrivain tel que Marc Dugain. Un rendez-vous manqué. Ma note 3/5. Broché 224 pages Éditeur Gallimard 25 avril 2019
Difficile d’être optimiste en ces temps sombres. Nul besoin d’en égrener les raisons, chacun sait. Même le ciel annonce la couleur grise. Avec les pluies destructrices de ces derniers jours, on se demanderait presque s’il n’est pas en train de nous tomber sur la tête, comme le craignait un certain village d’irréductibles un livre me tombe entre les mains, par un hasard gracieux. Une pépite littéraire qui insuffle espoir, envie et colère - la bonne colère !Il s’agit de Nous l’Europe - banquet des peuples, de Laurent Gaudé, paru en 2019. Nous, l'Europe - Banquet des peuples Comprendre ce qu’est l’EuropeOn ne peut pas dire que la forme poétique ait le vent en poupe, de nos jours. C’est pourtant celle que l’auteur a choisie pour relater l’aventure européenne, reliant ainsi son récit à la tradition homérique. Vent frais, joues rougies, menton constat de départ est le suivant Depuis quelque temps, l’Europe semble avoir oublié qu’elle est la fille de l’épopée et de l’utopie. Elle s’assèche de ne pas parvenir à le rappeler à ses citoyens. Trop lointaine, désincarnée, elle ne suscite souvent qu’un ennui désabusé. » Comment faire alors pour que surgisse à nouveau la passion européenne ? Déjà , nous n’entendons plus le cri né sur les charniers de la Seconde Guerre mondiale Plus jamais ça ! » Vingt-sept nations décidant de faire un grand banquet des peuples » ! Et si c’était grâce à cette alliance que nous pouvions résoudre les crises majeures de notre temps ? Comprenons d’abord comment nous sommes nés…Que de révolutions au XIXe siècle ! La locomotive, l’électricité, l’industrialisation de la société, la naissance du prolétariat… C’est sur l’exploitation du charbon, nous dit l’écrivain, que l’Europe pousse ses racines. Toujours plus vite, plus fort ! Être les premiers, les meilleurs ! Partout, des voix s’élèvent pour conspuer l’idéologie de la domination et de la compétitivité Victor Hugo, Karl Marx, Engels, Proudhon, Blanqui, Garibaldi… Elle existe, L’Europe des fuites en pleine nuit,/ L’Europe des communistes,/ Des anarchistes,/ Des penseurs sulfureux ». Car en Irlande, en Angleterre, en France, en Italie, L’Europe gronde/ Parce qu’elle a faim/ Et sent bien que ce qui est né en ce siècle/ Ne se nourrit que d’une chose/ La force de travail de ceux qui n’ont rien. » Ces voix n’y feront rien. Toujours plus vite, plus fort ! Être les premiers, les meilleurs ! Au détriment, toujours, des populations défavorisées. Et voici venir les carnages de la colonisation et des terres pillées, la Grande Guerre puis la Seconde, raffinement de l’horreur. L’Europe ? À sec, en cendres, désespérée. Mais de nouvelles voix s’élèvent Plus jamais ça ! ». C’est dans cette optique qu’est fondée la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier en face à la peur de l’étrangerIl semblerait que, déjà , nous ayons oublié. Aujourd’hui les États, doucement mais sûrement, se replient à l’intérieur de barbelés nationalistes. Le 23 juin 2016, les Britanniques enclenchent le mouvement c’est le Brexit. Quant aux mots Plus jamais ça », ils ressemblent à ceux de notre devise française leur sève depuis longtemps les a quittés. On les prononce par habitude, sans plus savoir ce qu’ils veulent dire. En pratique chacun sa merde et chacun chez soi !La tragédie des en Méditerranée ne nous empêche guère de dormir. L’Europe semble bien impuissante à gérer la situation. Le Pacte sur la migration et l’asile, présenté le 23 septembre 2020 par la Commission européenne, ne va pas assez loin pour les ONG tandis qu’elle indigne déjà les partis d’extrême droite aux quatre coins de l’UE[1].Regardons dans l’Hexagone nous avons tant d’autres crises à gérer… Et elles sont légitimes ! Et elles sont nombreuses ! Nul besoin d’en égrener les termes, chacun sait. Et tandis que le séparatisme congestionne le débat public, survient l’attentat de Conflans. Confusions, amalgames. Réactivation de la haine et de la peur, de tous nation qui a peur est une nation docile. C’est bien connu. C’est ainsi, après tout, que nous soumettons les enfants. Vous souvenez-vous du père Fouettard ?Le terrorisme est une calamité. Son aspect spectaculaire et la peur qu’il génère empêchent sa gestion de manière rationnelle. C’est sa force. L’effroi nous empêche de penser[2]. Instrumentalisée, la peur opère comme un écran de fumée masquant un mal non moins délétère, plus ramifié, auxquels nous sommes habitués l’exploitation des pauvres par les classes dominantes. Une plaie qui alimente la misère économique d’où naissent, inévitablement, les violences sociales. Mais l’origine est plus insidieuse et les effets moins spectaculaires. Voici une question qui me ronge pourquoi cibler toujours l’ étranger » le musulman, le réfugié, l’arabe, car pris par la peur, nous les confondons parfois tous… et si peu l’escroc en cravate qui s’engraisse de l’exploitation des plus pauvres ? Ils sont élus, occupent les plus nobles fonctions et malgré les mises en examen, les accusations de viol et les fraudes, ils continuent de nous diriger ?La tragédie des en Méditerranée ne nous empêche guère de dormir car nous n’accordons pas à ces populations un statut similaire au nôtre. Ils ne sont pas de notre culture. Ils sont différents. Nous sommes indifférents. Le processus de déshumanisation est à l’œuvre. Le radeau de la méduse selon Banksy Quand est-ce que cela commence ?/ Lorsque les mots deviennent plus durs ?/ Lorsqu’on commence à parler de gangrène »,/ De vermine »,/ De parasites »/ Et de nettoyage » ?/ Avec l’eugénisme ?/ Les stérilisations forcées ?/ La race doit être pure/ Et la main déjà s’entraîne à tuer. » C’est de l’Allemagne des années 1930 dont Laurent Gaudé nous parle dans ces vers. Pas de l’Europe du XXIe siècle ! Et pourtant, quelles résonnances avec aujourd’hui…L’Europe ? Nous n’y croyons plus. Nous nous replions sur nous-mêmes. Il est devenu dur de se projeter. Tellement de choses à penser. Nuques courbées par le manque d’espoir. Comme s’il n’y avait rien à faire. Comme si le capitalisme, l’oppression et la guerre étaient les fondements inéluctables de nos vies terrorisées. Le coronavirus, en ce sens, n’a rien arrangé. Il faut être réaliste », entend-on souvent. Mais qu’est-ce que cela veut dire, être réaliste ? Ne plus rêver à mieux ? Ne plus être en colère, ne plus se soulever ?Le livre de Gaudé réveille. Il raconte bien comment l’hyper-compétitivité et le capitalisme néo-libéral essorent les hommes, les femmes et la terre. Si nous ne faisons rien, ce sera, inévitablement, la fin des ressources, l’explosion des inégalités, la guerre. Et l’on veut nous faire croire que le fléau c’est l’étranger » ?Une Europe des Lumières est-elle encore possible ?Macron et ses marcheurs sont pro-européens. Mais de quelle Europe parlons-nous ? Un territoire de cinq cents millions d’habitants,/ Qui a décidé d’abolir la peine de mort,/ De défendre les libertés individuelles,/ De proclamer le droit d’aimer qui nous voulons,/ Libre de croire ou de ne pas croire./ Nous sommes humanistes et cela doit s’entendre dans nos choix. » C’est cela. Je suis prof. Je suis française et européenne. C’est l’idéal que je m’applique à a en elle la puissance de porter un projet d’avenir pérenne, écologique, soutenu par une économie mesurée. Elle n’aura de sens que si elle prend soin de/ ceux qui s’usent. » Exit l’idéologie de la domination ! Et pourtant, qu’a-t-on entendu récemment ? L’UE, à la traîne en matière de technologies numériques, doit affirmer son leadership sur le marché de la … 6G [3] ! Toujours plus vite ! Plus fort ! Soyons les meilleurs ! Les premiers ! Elle a la vie dure, cette ritournelle… Ils sont déjà en retard, ceux qui râlent contre la 5G !Mediapart nous annonçait le 12 octobre qu’une majorité d’eurodéputés réclamait une taxe sur les transactions financières à partir de 2024 afin de financer la relance et des mesures du Green Deal. Bonne nouvelle ? Ce le serait, si Bercy n’y opposait pas[4] !Les Lumières, ce ne sont pas les innovations » technologiques à tout prix ! Et le prix s’annonce corsé. Les Lumières sont aux antipodes de l’idéologie de la concurrence et de la domination. Nous avons toute une littérature à même de le prouver, pour qui souhaiterait se réclamer de Diderot ou Montesquieu… Pendant ce temps, les migrants meurent par milliers en Méditerranée, et nous n’en voulons pas. Pourquoi sommes-nous si peureux ?/ Nous sommes cinq cent millions d’Européens,/ Et jamais ce nombre ne semble nous conférer de force ?/ Sommes-nous si fragiles ?/ Pour nous rassurer, nous n’avons qu’à plonger notre regard dans celui des réfugiés./ L’Europe dans leurs yeux est une terre puissante/ Qui protège,/ Et offre la promesse d’une vie choisie. »Nous avons besoin d’être humanistes. Craindre l’autre alimente la montée des fascismes et de la tyrannie. De là surgit la vraie barbarie. L’histoire de l’Europe nous l’a amplement préfère alors écouter la voix de Laurent Gaudé. Il faut à l’Europe l’élan des peuples » pour se tenir droite et digne. C’est de l’utopie » entendra-t-on dire. Mais pourquoi l’utopie a-t-elle si mauvaise presse ? Pourquoi être désespéré ?Les voix qui luttaient hier, Hugo, Garibaldi, se font toujours entendre aujourd’hui. Des journalistes indépendants, des écologistes, des agriculteurs, des jeunes, des artistes, des humanitaires, bien d’autres encore, tous à leur façon révolutionnaires, luttent pour un monde meilleur, partout en Europe et au-delà des frontières[5]. Un monde meilleur…Et soudain je me rends compte que l’auteur de Nous l’Europe, banquet des peuples, vient de faire une chose incroyable me mettre en colère, me passionner. Rouvrir mon horizon. Il faut le lire. Que l’ardeur revienne./ Que l’Europe s’anime,/ Change,/ Et soit,/ À nouveau,/ Pour le monde entier,/ Le visage lumineux/ De l’audace,/ De l’esprit,/ Et de la liberté. »N’est-ce pas cela, la véritable essence des Lumières ? Pour qu’un jour, – rêvons encore! - nous puissions nous asseoir à ce banquet des peuples, sous un ciel étoilé, comme aimait à le faire un certain village d’irréductibles Gaulois.[1] On peut lire, à ce sujet, l’article de Denise Jodelet, Dynamiques sociales et formes de la peur », sur les mécanismes de la peur et son instrumentalisation dans le discours médiatique et politique Voir et Je pense par exemple au navire de Banksy, le Louise Michel, dirigé par la capitaine allemande Pia Klemp, parti en août dernier des côtes espagnoles afin d’aller secourir les migrants en Méditerranée.
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